Blog du site

Page: 1 2 3 ()
Tout le monde (grand public)

Messieurs les Ministres.

Mesdames, messieurs les élus.

Messieurs les officiers généraux.

Officiers, sous officiers, officiers mariniers, soldats, quartiers-maitres et marins.

Mesdames, messieurs.

Je suis déjà venu sur ce magnifique porte-avions pour commémorer le débarquement de Provence. J’avais décidé de vous retrouver à l’occasion des vœux aux armées. Mais il se trouve que j’interviens devant vous dans un moment exceptionnel, une épreuve que traverse notre pays. Nous avons été victimes d’une attaque terroriste sur notre propre sol. 17 personnes ont été tuées par les terroristes. Des journalistes, parce qu’ils étaient journalistes. Des policiers, parce qu’ils étaient policiers. Des Juifs, parce qu’ils étaient juifs. Je rends une fois encore hommage à ces victimes et j’exprime ma compassion à l’égard des proches pour leur dignité. Face à l’épreuve qu’a connue notre pays le peuple français a su réagir ; il a répondu par une solidarité, une fraternité, une unité qui font la fierté de toute notre nation et l’admiration du monde entier. Je tiens également à saluer le comportement exemplaire des forces de gendarmerie et de police qui ont, avec courage, avec bravoure, avec professionnalisme, neutralisé les terroristes et qui assurent quotidiennement la sécurité de nos concitoyens. Ces forces de gendarmerie et de police vont être renforcées, sont déjà renforcées par les armées. C’est une opération intérieure d’une ampleur inégalée et considérable. Le plan VIGIPIRATE a été porté à un niveau jamais atteint. 10.000 militaires sont déployés sur l’ensemble du territoire national pour en protéger les points les plus sensibles : les écoles, les lieux de culte, synagogues, mosquées, églises ou temples. Le rythme du déploiement est lui-même exceptionnel, inédit. En à peine trois jours le dispositif est passé de 1000, c’était son niveau lundi lorsque j’ai pris la décision, jusqu’à 10.500, ce sera le niveau des effectifs ce soir. Jamais dans notre histoire récente il n’y a eu un tel déploiement avec une telle rapidité. La Défense nationale montre ainsi qu’elle remplit parfaitement l’un des objectifs qui a été fixé dans le Livre blanc et qui consiste à protéger notre territoire. La capacité de notre armée lui permet donc d’assurer dans un délai rapide - quelques jours - cette mission de protection de nos compatriotes sans que l’armée ne se confonde avec la police et la gendarmerie. Mais la coopération doit être parfaite, elle l’est. Et c’est bien ce que je constate puisque nos forces civiles et militaires font preuve d’une réactivité et d’une complémentarité en tout point remarquables. Je tenais, aujourd’hui même, à vous en féliciter. Nous devons répondre à des attaques venues de l’intérieur, celles qui se sont produites pendant ces trois jours terribles, mercredi jeudi et vendredi – attaques de l’intérieur qui peuvent être commanditées de plus loin puisqu’elles sont revendiquées par des organisations terroristes que l’on connait bien. Mais dans le même temps nous devons aussi conjurer les menaces venant de l’extérieur, et elles sont nombreuses. C’est le sens des choix que j’ai faits au nom de la France pour réagir immédiatement à la percée des terroristes au Mali. C’était le 11 janvier 2013. Mais c’est aussi le choix que j’ai fait pour participer à la coalition destinée à frapper Daesh en Irak. C’est une décision que j’ai prise l’été dernier. En même temps que nous pouvons être présents, soit sur le plan terrestre – c’est le cas dans le cadre de l’opération Barkhane -, soit sur le plan aérien - ce que nous faisons en Irak -, nous devons aussi soutenir de la meilleure des façons ceux qui se battent en première ligne contre les djihadistes. C’est la raison pour laquelle nous avons livré des équipements militaires aux Kurdes d’Irak et que nous aidons les forces de l’opposition en Syrie qui se battent contre l’Etat islamique. Je continue néanmoins de regretter, je le dis devant vous, que la communauté internationale n’ait pas agi en temps voulu pour faire cesser les massacres en Syrie et empêcher les extrémistes de gagner plus de terrain encore. C’était notamment à la fin du mois d’août 2013, début du mois de septembre, que la communauté internationale aurait du déjà agir. La France était prête ; les ordres avaient été donnés ; les dispositifs étaient en place. Une autre voie a été préférée. Nous en voyons les résultats. La lutte contre le terrorisme c’est une affaire de temps. Attendre est un péril ; se précipiter est un risque. La France fait donc les choix judicieux. Elle ne peut pas intervenir partout. On nous demande de le faire. Il y a tant de menaces, tant de dangers, tant de terreur en Lybie, au Nigéria, mais la France ne peut pas et ne veut pas d’abord participer à une action qui n’aurait pas la caution des Nations Unies ; elle ne veut pas non plus agir seule et de manière précipitée ou aventureuse, car il s’agit de la vie des soldats. Donc nous agissons aussi sur le plan politique pour que des conditions puissent être trouvées par la communauté internationale pour régler ces conflits. Mais là où nous intervenons, là où nous agissons, nous devons montrer une très grande détermination. Cette semaine, le Charles de Gaulle part en mission – est déjà en mission. L’appareillage de notre porte-avions est un acte qui a du sens. C’est un engagement. Le Charles de Gaulle c’est un instrument de force et de puissance, c’est le symbole de notre indépendance. Il manifeste la capacité politique, militaire, diplomatique de la France. Aujourd’hui, la situation au Moyen Orient justifie la présence de notre porte-avions. Grâce au Charles de Gaulle nous disposerons d’informations précieuses, de renseignements. Nous pourrons, si nécessaire, mener des opérations en Irak avec encore plus d’intensité et plus d’efficacité. Le porte-avions travaillera en étroite liaison aves les forces de la coalition. Il nous donnera tous les moyens d’une projection à tout moment en cas de tension supplémentaire. C’est dire l’importance de la mission que vous effectuez. Dans le contexte que je viens de décrire au plan international avec l’attaque qui s’est portée sur notre propre territoire, vous êtes d’une certaine façon en opération. J’ai toute confiance en vous, dans l’équipage qui sert le Charles de Gaulle. Je connais le savoir faire des pilotes, des mécaniciens et des marins. Vous vous inscrivez dans une longue tradition. Notre pays en effet a toujours pensé qu’il y avait une stratégie à mener avec l’aéronavale. Ce sont des visionnaires au cours de la Première guerre mondiale qui en ont eu la conception. Depuis, génération après génération la France a fait en sorte de disposer de cet outil, outil remarquable que vous servez. La France est l’un des rares pays au monde capable de mettre en œuvre une force aéronavale aux compétences complètes avec un porte-avions à catapulte. Avec plus de 34 000 appontages depuis sa mise en service, le Charles de Gaulle est une illustration de la performance industrielle et technologique de notre pays au service de sa propre défense. Mais également de la performance de tous les personnels qui servent sur le porte-avions. La décision que j’ai prise de faire appareiller, avec le ministre de la Défense, le porte-avions, a le sens que je viens de vous donner. Il nous permet d’avoir une influence sur la scène internationale. La mission qui commence est donc aussi une réponse au terrorisme. Nous lui faisons la guerre et donc nous devons y mettre les moyens militaires les plus adaptés face aux menaces. Notre pays, le vôtre, consacre des ressources budgétaires importantes à l’effort de défense. Nous en voyons la traduction encore aujourd’hui. D’abord des femmes et des hommes bien formés, bien entrainés, bien commandés. Ensuite des outils de renseignement permettant de relever le défi de la cyber défense, enjeu majeur, des équipements de haute technologie, le porte-avions. Enfin, une force de dissuasion constamment entretenue et disponible à tout moment, et l’aéronavale en est une composante majeure. Il y a, ce qu’on appelle, dans la marine l’esprit d’équipage. C’est une belle expression l’esprit d’équipage. Ca vaut pour toutes les armées mais cela vaut aussi pour une nation ou pour un peuple. Nous sommes un équipage nous aussi ensemble. Qu’est-ce que ça veut dire, être un équipage ? Cela veut dire agréger des hommes et des femmes qui apportent chacune, chacun leurs compétences, leur savoir-faire, leurs qualités, leurs origines, leurs parcours, leur diversité. La France doit être un équipage. Mais pour servir les armées, il faut qu’il y ait un engagement militaire continu ; nous avons besoin dans ces circonstances de mobiliser tous les concours et d’abord des militaires d’active. Car je ne vous apprends rien, il n’y a pas d’armée sans les hommes et les femmes pour la servir. C’est pourquoi je suis avec le Premier ministre et le ministre de la Défense, mais c’est ma responsabilité liée à ma fonction de chef d’Etat et chef des armées, je suis très vigilant, dans le contexte que je viens de décrire, quant au niveau des effectifs militaires et donc quant aux restructurations qui sont prévues. La situation exceptionnelle que nous connaissons doit conduire à revenir sur le rythme de réduction des effectifs qui avait été programmé pour les trois prochaines années dans le cadre de la Loi de programmation militaire. Ce rythme doit être revu et adapté. Je demande donc au ministre de la Défense de me faire des propositions, d’ici la fin de la semaine, en tenant compte évidemment des nécessités budgétaires. Je tiendrai un Conseil de défense sur cette question des effectifs mercredi et je prendrai aussitôt la décision. Voilà pourquoi les forces que vous constituez sont si essentielles. Voilà pourquoi dans ce moment particulier j’ai voulu que des décisions puissent être prises pour que la France soit sûre que sa défense est au rendez-vous et que vous vous soyez convaincus que nous vous faisons confiance pour permettre d’être protégés et d’intervenir là où vous êtes appelés. Il y a les militaires d’active, il y a aussi les réservistes. Je veux ici aussi souligner leur rôle. Les réservistes sont appréciés du commandement. Ils offrent aux armées des compétences et un rayonnement dont il serait hasardeux de se priver face aux tensions du monde. Je souhaite donc que les dispositifs sur l’emploi des réserves soient améliorés pour permettre à tous ceux qui ont une compétence d’apporter à nos forces tout ce qu’ils peuvent offrir à la nation. Ces échanges profitent à tous ; aux entreprises, dont sont issus ces réservistes ; aux armées qui sont enrichies par cet apport ; et bien sûr aux intéressés eux-mêmes qui vivent dans les armées une expérience inoubliable. Servir la France c’est ce que vous faites. Servir la France n’est pas simplement une mission qui revient aux seuls militaires ou aux seuls fonctionnaires civils. Tout citoyen doit pouvoir être utile à son pays, où qu’il soit, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses origines. Chacune, chacun peut participer à sa manière pour redresser la France, la protéger, la rendre meilleure. Le service civique est une très belle idée. J’ai annoncé qu’il doit devenir universel. Il sera donc proposé à tous les jeunes français qui en feront la demande. Nos compatriotes ne manquent pas de civisme. Ils en débordent même, chaque fois qu’on les sollicite. Le vivier est immense et j’ai eu là aussi la fierté de le constater. Prenons l’exemple de la lutte contre Ebola. Cette terrible maladie. Des volontaires se sont spontanément manifestés pour soutenir l’action que nous avions engagée. Je veux féliciter tous ceux, militaires et civils, qui s’impliquent sans compter depuis le début de cette redoutable épidémie. Notamment en Guinée où je me suis rendu et où j’ai pu constater que face à un fléau, l’armée, toujours l’armée, répond présente. Je pense notamment aux hommes et aux femmes du service de santé. Ils mettent toute leur expertise au service de la lutte contre ce virus. Et leur action remarquable a été saluée par l’ensemble de la communauté internationale. L’Afrique fait face à ce fléau, mais l’Afrique fait face aussi à d’autres menaces, d’autres périls. J’ai rappelé ce qu’avait été notre action au Mali ; elle n’est pas terminée. Il y a deux ans, nous avons pris la décision d’intervenir pour arrêter d’abord l’offensive djihadiste, la réduire, et faire en sorte que le Mali puisse retrouver son intégrité territoriale. C’est fait. Mais en même temps nous devons continuer, avec les forces des Nations Unies, avec l’armée malienne, nous devons continuer à permettre la réconciliation, le développement du pays et surtout empêcher la résurgence des groupes terroristes. C’est la raison pour laquelle, grâce à vous, des opérations ont été récemment menées qui ont pu déjouer les tentatives terroristes. Ainsi, en 2014, l’année dernière, 200 djihadistes dont quelques chefs importants ont été neutralisés par nos troupes. Mais le cadre de notre action a également été élargi. Il couvre maintenant le Sahel, de la Mauritanie au Tchad pour renforcer les Etats de la région face justement à ces menaces des groupes terroristes qui se sont souvent repliés là où nous ne pouvons pas les atteindre, notamment en Libye. Commandées depuis Ndjamena au Tchad, nos troupes de l’opération Barkhane sont maintenant pleinement opérationnelles. Au sol comme dans les airs, elles travaillent en parfaite osmose et en étroite collaboration avec les armées des pays amis. Nos forces spéciales, je veux aussi leur rendre hommage, prennent depuis les premiers jours une part primordiale en accomplissant un travail remarquable. Tout cet espace, nous en voyons, aux frontières, les dangers. Je pense à ce qui se passe en Libye, au Nigéria, avec ce groupe terroriste Boko Haram qui décime des villages, des villes entières. Là encore nous devons faire en sorte que ce soient les pays eux-mêmes, les pays africains, qui assurent leur propre sécurité. Nous devons les appuyer. Nous devons quelquefois aussi intervenir lorsqu’il y a des risques de massacre. Et vers qui se tourne-t-on ? Toujours vers la France. En République Centrafricaine ce fut l’opération Sangaris qui a été lancée il y a treize mois en application d’une résolution unanime du Conseil de sécurité. Cette opération Sangaris a été, si je puis dire - mais j’ai peine à le dire - un succès. Non pas parce qu’elle n’a pas réussi – il y a eu des massacres, il y a eu des morts – mais il y en aurait eu encore plus si nous n’avions pas été là. Nous avons pu atteindre nos objectifs et aujourd’hui il y a le déploiement d’une force africaine qui a maintenant laissé place à une force des Nations Unies. J’ai donc décidé d’alléger notre dispositif en République Centrafricaine. 2 000 soldats aujourd’hui, 1 700 au printemps, 800 à l’automne prochain. Ce mouvement s’exécutera en parallèle de la montée en puissance de la mission des Nations Unies qui atteindra, elle, 12 000 hommes. Je peux dire donc qu’en Centrafrique nous avons fait ce que nous avions dit, grâce à vous. Nous avons permis à ce pays, l’un des plus pauvres du monde, de retrouver un début de calme et d’apaisement, même s’il y a encore beaucoup à faire. Je félicite les militaires qui y ont contribué par leur sang-froid. Aussi, sur proposition du ministre de la Défense, un contingent spécial de la Légion d’honneur et de la Médaille militaire viendra récompenser les militaires s’étant particulièrement distingués sur le théâtre centrafricain. L’Afrique n’est pas le seul continent d’intervention de nos armées. Sur l’ensemble du globe, 20 000 militaires sont en permanence déployés hors de nos frontières. Dont la moitié en opérations extérieures. Hier, conformément à l’article 35 de la Constitution, le parlement a autorisé à l’unanimité, à l’unanimité, la prolongation de la mission de nos forces en Irak. Cette confiance qu’a donnée le Parlement au Gouvernement pour agir, c’est une confiance qui vous est adressée. Elle permet de donner à la France l’image d’un pays rassemblé autour de son armée pour prendre ses responsabilités. La lutte sera longue en Irak, beaucoup pourraient considérer que c’est un combat bien lointain par rapport à ce que nous vivons. Non, c’est le même, parce que si nous arrivons à lutter contre le terrorisme en Irak comme nous l’avons fait d’ailleurs en Afrique, c’est aussi pour assurer notre propre sécurité. En Irak, à travers l’action que nous menons à partir des différents territoires amis, les Emirats, la Jordanie, ou de zones maritimes proches – le porte-avions jouera son rôle –, en Irak nous pouvons nous ajouter aux forces de la coalition dont nous sommes l’un des principaux protagonistes et permettre grâce à l’opération Chammal d’obtenir déjà de premiers résultats. Le groupe Daesh, groupe terroriste qui occupe une partie du territoire irakien, est en reflux ; mais il y aura à poursuivre ce travail aussi longtemps que nécessaire. L’objectif c’est de restaurer la souveraineté irakienne sur l’ensemble du territoire. Mais je n’oublie pas aussi toutes les autres missions que nos forces réalisent à l’étranger pour préserver nos intérêts, protéger nos ressortissants, lutter contre le narcotrafic, contre la piraterie. Voilà toutes les missions que nos armées remplissent : protéger notre territoire, agir pour la paix, défendre nos intérêts, assurer l’indépendance de la France, respecter les engagements auprès de nos alliés ; voilà tout ce que vous faites. Pour mener à bien toutes ces missions, j’y reviens, il faut des ressources et des moyens : c’est la loi de programmation militaire. Je me suis engagé à la respecter pour le chiffre qui a été affiché, 31,4 milliards, et ce chiffre-là est sanctuarisé. Ce n’est pas simplement qu’un chiffre, c’est ce qui permet de faire fonctionner nos armées et de les équiper, c’est un ensemble de crédits budgétaires et de ressources exceptionnelles. Ces crédits-là, ces ressources-là seront strictement maintenues pour que nous puissions atteindre tous les objectifs que j’ai fixés pour nos armées. C’est ainsi que tous les projets qui sont prévus par la loi de programmation militaire en 2015 pourront se concrétiser. Je pense à la commande des 12 avions ravitailleurs MRTT pour l’armée de l’air, au lancement du grand programme Scorpion pour l’armée de terre, à la rénovation de 11 ATL2 et à la commande de bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers pour la marine ainsi que d’une centaine de véhicules pour les forces spéciales ; tout sera exécuté comme il est prévu. Quant au nouveau dispositif de financement qui s’ajoute aux crédits militaires je veux qu’il puisse être mis en œuvre dès cette année. Je parle des sociétés de projets. Elles permettront d‘acquérir du matériel dans des conditions plus souples, plus fluides aboutissant à une mise en service rapide des moyens dont les forces ont besoin. D’ailleurs l’efficacité opérationnelle de nos matériels militaires, c’est à la fois un atout pour notre défense mais c’est également un atout pour notre industrie. Parce que c’est un cercle vertueux : si nous produisons de bons matériels, de bons équipements pour nos armées, ceux dont vous vous servez, nous pouvons à ce moment-là aussi les exporter vers des pays que nous choisissons et qui nous choisissent et ainsi conforter les emplois de notre industrie de défense. En faisant en sorte que notre industrie de défense soit l’une des plus performantes, nous favorisons aussi l’exportation de biens productifs, de matériels pour l’industrie civile et la France peut ainsi aussi renforcer son économie. Je sais que depuis plusieurs années et malgré l’effort budgétaire qui est consacré, il y a des réformes qui vous sont demandées et qui parfois nécessitent bien des ajustements, bien des modifications, bien des changements d’habitudes. Mais ça ne vaut pas que pour les armées, ça vaut partout dans la société ; mais pour les armées c’est vrai que cela crée aussi une sensibilité particulière. Je veux donc ici dire que sur ces équipements, sur ces réformes, les équipements seront préservés et les réformes seront faites. Mais il faut tirer aussi quelques conclusions : il y a eu des échecs, je pense au système Louvois dont les dernières cicatrices ne sont pas encore fermées et je salue l’action du ministre pour trouver des solutions. Le processus de remplacement du logiciel défectueux est en cours et il devra rentrer en première phase opérationnelle dès l’an prochain pour être ensuite généralisé. Je ne peux pas accepter que nos militaires puissent connaitre le moindre retard, la moindre erreur dans leur rémunération, c’est-à-dire dans leur solde. Il y a trop de demandes qui vous sont faites pour qu’il puisse y avoir la moindre négligence là-dessus. Et s’il y a eu des erreurs qui ont été commises dans le passé elles doivent être corrigées. Je veux aussi parler de la condition militaire. Je suis attentif avec le ministre à ce qu’elle puisse être améliorée dans le cadre du Haut comité d’évaluation. Il y a des réunions qui se tiennent du Conseil supérieur de la fonction militaire et je suis toujours attentif à ses conclusions. Il se trouve que la Cour européenne des droits de l’homme a demandé à la France de revoir son dispositif relatif au droit d’association des militaires, c’est-à-dire à vos droits. Et après avoir mené une série de consultations j’ai décidé de suivre les propositions qui m’étaient faites par le conseiller d’Etat, Bernard PÊCHEUR, et de prendre les dispositions qui devront être traduites par la loi. Il y aura donc la préservation des droits et des devoirs des militaires et en même temps les prérogatives du commandement seront sauvegardées. Une loi viendra bientôt intégrer au code de la défense cette avancée sur la représentation des personnels. Il y a aussi tout l’effort qui est fait pour le monde combattant – le secrétaire d’Etat est là. Les droits des anciens combattants doivent être consolidés : ils le seront. Des critères d’attribution de la carte du combattant seront élargis avec ce qu’on appelle la carte opérations extérieures à partir du 1er octobre prochain. Je suis aussi attentif au soutien des blessés, des conjoints, des grands invalides de guerre et là encore des dispositions seront prises pour améliorer leur situation. Je veux aussi insister sur la réparation qui est due aux Harkis, sur la meilleure prise en charge, aussi, d’un certain nombre de situations familiales. Cela fait partie, là encore, du devoir de la Nation à l’égard des anciens combattants. Je veux terminer sur une réflexion qui nous engage tous. Nous sommes attachés, nous, la France, à des valeurs : des valeurs de liberté, de démocratie, de pluralisme, de dignité, d’égalité de la femme et de l’homme. C’est pourquoi nous portons un idéal partout dans le monde. C’est pourquoi nous voulons vivre ensemble, avec ces valeurs de la République. C’est aussi pourquoi vous menez un certain nombre d’opérations. C’est votre mission. Vous agissez au nom des valeurs de la République et lorsque ces valeurs sont atteintes, sont froissées, sont mises en cause par des terroristes, alors il faut savoir se défendre. C’est le rôle des policiers, des gendarmes, des magistrats ; c’est le rôle aussi des armées lorsque la menace vient de l’extérieur. Une grande nation, c’est une nation qui a des institutions solides. L’Armée fait partie de ces institutions et l’Armée est au service de la République. Elle participe donc de l’unité nationale. Les Français savent qu’ils peuvent compter sur elle pour assurer notre indépendance, notre défense ; ils sont convaincus que pour promouvoir l’idéal que nous portons tous, la force peut être un ultime recours, même si la force du droit doit chaque fois être recherchée. Face au jihadistes, aux fondamentalistes, aux terroristes, la France doit agir. Agir pour elle-même, agir pour le monde, agir pour porter assistance aux pays qui font appel à nous, dans le cadre du droit international et avec un mandat des Nations unies. Dans le formidable mouvement citoyen qui s’est levé dimanche, notre peuple a voulu exprimer une conviction, une force, un attachement. A la liberté d’expression, à la démocratie, à la liberté tout court et à la laïcité. Les Français ont dit très clairement que pour que notre pays vive en paix, vive en démocratie, vive en liberté, il fallait des journalistes pour parler, pour écrire ; il fallait des dessinateurs pour dessiner ; il fallait des policiers et des gendarmes pour les protéger ; il fallait des militaires pour les défendre. Tous unis pour défendre les valeurs de la République. C’est parce que nous sommes dans ce moment-là et c’est parce que nous sommes convaincus que les valeurs que nous portons pour notre pays sont essentielles – pour nous, pour l’Europe, pour le monde – que nous devons nous rassembler, nous réunir autour de ce qui fait notre identité, de ce qui fait notre singularité, notre indépendance. Et il n’y a pas d’indépendance, il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de démocratie qui ne doivent être protégées par une armée. C’est la raison pour laquelle je vous exprime ici, dans cette circonstance, dans ce moment où il y a tant d’émotion, où il y a tant d’espoir aussi, et tant de volonté de surmonter les peurs, je vous exprime, ici, toute la reconnaissance de la Nation, toute ma confiance pour les missions dont vous avez la charge.

Vive la République, et vive la France

 
Tout le monde (grand public)

28.11.2014 Julien Abi Ramia - magazine.com.lb
Acquis depuis la visite de François Hollande en Arabie saoudite, en décembre 2013, le contrat d’armement franco-saoudien de trois milliards de dollars a été signé le 4 novembre dernier à Riyad. Ces équipements vont permettre à l’Armée libanaise de renforcer ses capacités de dissuasion, de surveillance et d’attaque face aux menaces terroristes de plus en plus mobiles. Premières livraisons prévues pour le premier trimestre 2015. De quels types d’armements s’agit-il?

 

L’idée d’un renforcement de l’Armée libanaise émerge en octobre 2013, lors d’un entretien entre le roi Abdallah et le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Quelques semaines plus tard, au cours de la visite du président François Hollande à Riyad, la France et l’Arabie saoudite exprimeront leur soutien à la stabilité du Liban à l’aune de la crise syrienne. Dans ce contexte, l’armée apparaît comme l’une des rares institutions garantes de la stabilité du pays, si ce n’est la seule. Et comme elle est sous-équipée et sous-entraînée, son renforcement est une priorité stratégique. En décembre 2013, les deux pays s’accordent sur un méga-contrat triangulaire. L’Arabie saoudite s’engage à verser trois milliards de dollars à la France - 2,1 milliards d’achat de matériels et 900 millions d’entretien - une somme qui servira à équiper les Forces armées libanaises (Fal), qui choisiront leurs armes. Les négociations auront donc duré près d’un an. En août, le général Jean Kahwagi, commandant en chef de l’Armée libanaise, n’avait pas caché son impatience. «Nous avons besoin, dans la bataille actuelle, d’équipements, de matériel et de technologies (…). Il est nécessaire d’accélérer la fourniture d’aides militaires à travers la finalisation des listes des armes demandées à la France dans le cadre de l’accord de financement saoudien et de la conférence de Rome».

 

45% pour le matériel terrestre

Définie en partant d’un plan d’équipement publié par l’Armée libanaise de 2013, la liste de matériels prend peu à peu forme entre février et mars 2014. Les débats font rage entre les partenaires, le commandant en chef de l’armée faisant régulièrement part de son impatience, voire de son irritation. Des intermédiaires locaux tentent de s’inviter à la table des négociations, sans succès. En avril, la «shopping list» est enfin validée à Riyad. Que contient-elle?

VAB Mark III  - Renault Trucks Defense

Le matériel terrestre engloutit 45% des financements saoudiens, la commande comprend des véhicules blindés d’infanterie (VAB) Mark III fabriqués par Renault Trucks Defense (RTD). Le VAB est un véhicule polyvalent, conçu à l’origine pour le transport de troupe, qui peut intégrer des systèmes d’armes, de communication ou bien servir de poste de commandement. Il s’agit du véhicule de base des régiments d’infanterie sur les théâtres des opérations. Le nombre de VAB n’est pas encore connu, mais on parle d’une centaine au maximum, selon des sources françaises.

Deuxième entrée de cette liste, des véhicules blindés légers (VBL), également fabriqués par RTD. Plus petit que les VAB, il permet d’effectuer des reconnaissances sur les terrains d’opération ou des liaisons sous blindage, tout en étant protégé contre les attaques. Les VBL livrés seront sans doute équipés de mitrailleuses antichars, voire de missiles antiaériens Mistral (MBDA).

 

Troisième entrée, une vingtaine de Caesar fabriqués par Nexter Systems, des camions équipés de système d’artillerie. Il s’agit d’un canon automoteur de 155 mm, long de 52 calibres, soit un peu plus de huit mètres, d’une portée de près de 50 kilomètres, capable de tirer huit coups par minute.

 Pour le matériel aérien, qui représente 30% des financements, l’Armée libanaise recevra des hélicoptères d’attaque Gazelle d’occasion, armés, chacun, de quatre missiles Hot. Leurs principales missions sont la reconnaissance jour/nuit et la destruction de blindés ou d’ouvrages protégés. Longs de 12 mètres et hauts de 3,19 mètres, les Gazelle se sont particulièrement illustrés pendant la première guerre du Golfe, et plus récemment en Libye et en Côte d’Ivoire.

Dans la liste figurent également des hélicoptères de transport de type Cougar et des drones tactiques de renseignement militaire SDTI, fabriqués par Sagem, qui transportent des caméras gyrostabilisées permettant la prise d’images aériennes en lumière visible et en infrarouge, le suivi et la désignation de cibles et assurent l’appui des troupes au sol et le réglage des tirs d’artillerie.

Sur mer, trois ou quatre patrouilleurs font partie de la shopping list. Ils seront fabriqués par les Constructions mécaniques de Normandie (CMN), présidées par Iskandar Safa. Une seule livraison souhaitée par le Liban a fait l’objet d’un veto français: des missiles antinavires Exocet. Ces engins, de peu d’usage contre les groupes terroristes, auraient en revanche menacé la marine israélienne au large des côtes libanaises. Autre déception, l’état-major libanais souhaitait acquérir des chars de combat. Il espérait acheter des Leopard 2 d’occasion de fabrication allemande, mais il s’est heurté au veto de Berlin. Paris était prêt à céder des Leclerc, mais leur coût d’achat et de maintenance s’est avéré trop élevé. Pour des raisons financières, le Liban a également renoncé à acquérir des missiles sol-air Crotale et des véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI).

Le montage complexe de ce contrat, avec un payeur, un vendeur et un receveur différent, explique en grande partie le retard pris pour la finalisation de l’opération. Pour faciliter les négociations, la France et l’Arabie saoudite ont fait appel à l’Odas, un organisme codétenu par l’Etat français et les industriels de la défense, créé à l’origine pour représenter la France dans les grandes ventes d’armes en Arabie saoudite. Dirigé par l’ancien chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, Odas se charge de conduire l’opération, avec des appels d’offres express adressés aux industriels. Durant les mois d’avril et de mai, une vingtaine de sociétés françaises sont sélectionnées. Reste à obtenir l’aval du ministère saoudien des Finances, Ibrahim el-Assaf. L’accord est trouvé en juillet, juste avant la grande coupure du Ramadan. En tout, ce seront 31 contrats que l’Arabie saoudite a signés avec la France par l’intermédiaire d’Odas.

 

Riyad sous pression de l’Iran

En coulisse, les tractations se succèdent. L’Iran, soutien du Hezbollah, suit avec attention l’avancée du processus. Israël regarde aussi avec inquiétude les négociations franco-saoudo-libanaises, pressant Paris de limiter la liste des équipements français transférés, notamment les missiles, craignant qu’ils puissent être récupérés par le Hezbollah. «Israël est un pays ami de la France, ses questions sont légitimes, mais cela n’a modifié en rien le projet», expliquent des sources françaises proches du dossier.

En réalité, l’Iran aura servi de détonateur. Car Téhéran a proposé à Beyrouth un don d’un milliard de dollars pour s’équiper militairement. L’Iran avait même donné carte blanche aux Libanais dans le choix des armements. Des livraisons qui auraient pu s’accompagner de la venue de conseillers militaires iraniens. Une opération qui était «un vrai souci» pour l’Arabie saoudite, d’où le nouvel empressement de la famille royale à finaliser le contrat.

Des discussions techniques et des marchandages sur le taux de change dollar/euro doivent se poursuivre au cours des trois prochaines semaines, avant le premier versement. Les livraisons s’étaleront sur trois ans, jusqu’en 2018, pour les hélicoptères Cougar, qui seront livrés en dernier, et les contrats de maintenance sur dix ans. Ce plan d’équipement s’accompagne d’un programme de formation opérationnelle des militaires libanais, confié à l’armée française. Selon des sources proches du dossier, les Saoudiens ont mis des exigences claires: ils ne voulaient pas de déperdition d’argent. Lorsque le 4 novembre, Ibrahim el-Assaf et Edouard Guillaud signent le contrat de livraison, il s’agit d’une étape technique, mais importante, parce que sa finalisation était impatiemment attendue par Beyrouth.

 

Derniers détails Selon la presse libanaise, une délégation technique française s’est rendue à Beyrouth, il y a quelques jours, pour mettre la dernière main sur le contrat franco-saoudien de livraison d’armes au Liban avec le commandant en chef de l’armée, Jean Kahwagi. Au cours de ces réunions bipartites, les responsables de l’Armée libanaise ont spécifié le type d’armes et de munitions dont ils ont besoin. Il y a quelques jours, il restait encore entre 150 à 300 millions de dollars à dépenser. Selon un responsable français cité par le journal, les négociations ne nécessitent pas plus de cinquante jours pour que l’affaire soit conclue.

 

 
Avatar Xavier Boute
par Xavier Boute, lundi 17 novembre 2014, 08:29
Tout le monde (grand public)

http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20141027/etr.html#toc3

 
Tout le monde (grand public)

Au Bourget, le 28 octobre 2014 - M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense

 

Discours pour l’inauguration de l’édition 2014 du salon EURONAVAL (JY Le Drian)

– Seul le prononcé fait foi –

 

Mesdames et Messieurs les représentants de gouvernements étrangers,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le délégué général pour l’armement,

Monsieur le chef d’état-major de la marine,

Messieurs les officiers généraux,

Mesdames et Messieurs,

Monsieur le président, cher Patrick Boissier, que je suis ravi de retrouver ici dans ces nouvelles fonctions,

 

Je suis très heureux d’être avec vous pour inaugurer cette 24e édition du salon Euronaval. J’étais déjà présent pour la précédente, il y a deux ans, presque jour pour jour.

Ce salon a été créé en 1968. Il était alors exclusivement réservé au matériel français du naval de défense. Depuis, il a beaucoup progressé, puisqu’il a étendu son périmètre à la sécurité et à la sûreté maritime, et plus récemment aux drones maritimes. Surtout, il s’est dans le même temps internationalisé, en devenant européen en 1992, puis mondial en 1994. Il est depuis lors le leader mondial dans son domaine.

Cette nouvelle édition ne fait que le confirmer. Monsieur le Président, vous en avez rappelé les chiffres : plus de 35 entreprises exposantes, en provenance de 28 pays, plus de 90 délégations étrangères et 30 000 visiteurs attendus. C’est une croissance remarquable, constante depuis sa création. Je m’en félicite. Comme vous le savez, je suis très attaché au milieu maritime et au monde industriel, qui se rejoignent ici-même.

Il y a deux ans, nous étions en pleine préparation du nouveau Livre blanc sur la défense et de la sécurité nationale, qui a notamment donné lieu à la loi de programmation militaire 2014-2019. En cette période de préparation du budget 2015 – je serai d’ailleurs demain devant l’Assemblée nationale pour le défendre –, je voudrais rappeler l’effort du ministère de la défense au profit du secteur naval.

D’ores et déjà, de nombreux équipements ont été livrés cette année. Je citerais parmi eux : 15 réseaux navals RIFAN Etape 2 ; 25 torpilles légères MU90 ; 9 missiles Exocet ; 2 Rafale marine rétrofités F3 ; 1 Falcon 50 transformé en avion de surveillance maritime ; 4 hélicoptères NH90 en version navale ; et une frégate FREMM, qui est attendue pour la fin de l’année.

Nous avons également procédé à des commandes emblématiques. Je pense notamment au quatrième sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda, qui a été commandé le 18 juillet dernier. C’est une preuve de plus de l’engagement du Gouvernement à garder les capacités de la Marine nationale au meilleur niveau mondial.

Les SNA exercent des missions de contrôle de zone, de soutien de la force océanique stratégique, de soutien de la force aéronavale. La livraison du premier des six SNA Barracuda est prévue dans la durée de la loi de programmation militaire. Je vous invite à mesurer sur le stand DCNS, avec les équipes qui sont en charge de cet équipement, la prouesse technologique que cela représente, et tout le savoir-faire qui est par-là détenu par cet acteur majeur de notre industrie navale.

Dans la continuité de cette année, 2015 sera un jalon important pour la Marine nationale. Une nouvelle FREMM sera livrée, de même qu’un lot de missiles MDCN, dont le dernier tir s’est déroulé avec succès hier et 2 Falcon 50 transformés en avion de surveillance maritimes.

Dans le même temps, les bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers (BSAH) seront commandés, de même que 11 avions Atlantique 2 rénovés.

Ces objectifs seront atteints, je n’en doute pas, grâce à l’implication de tous les acteurs de la Défense. Je veux saluer en particulier la Direction générale de l’armement et la Marine nationale. Mais il faut également citer l’excellence de notre industrie de défense, à qui nous devons ces équipements d’un niveau technologique qui n’a pas d’équivalent. Grâce à elle, nos forces évoluent aux meilleurs standards. Leur efficacité, maintes fois démontrée au combat, est partout reconnue, et le mérite en revient donc aussi à nos partenaires industriels.

Cette avance technologique est cruciale. Elle est permise par des investissements dans le domaine de la préparation de l’avenir. Depuis deux ans et demi, c’est l’une de mes priorités. Il serait pourtant aisé de céder à la logique du court-terme, qui voudrait qu’en période de tension budgétaire on ne se concentre que sur la production de matériels, sans préparer l’avenir. Ma logique est différente, elle est aussi de consacrer des sommes importantes à des activités dont les bénéfices ne se font sentir que plusieurs années après, parce que c’est de cette manière que nous construisons nos capacités militaires sur le long terme.

Evidemment, nous ne sommes pas seuls dans cette démarche. La Recherche & Technologie aujourd’hui doit être pensée dès le départ dans un contexte dual. Nous devons agir dans cet esprit à tous les niveaux de l’innovation, de la recherche en laboratoire jusqu’aux expérimentations en conditions réelles.

Depuis sa création, le dispositif RAPID a ici prouvé son efficacité. Il a révélé des projets, en leur donnant une exposition qu’ils n’auraient pas eue autrement. Vous trouverez 13 projets RAPID exposés sur le salon cette année. Je vous en donne un exemple: sur le stand du pôle de compétitivité « Mer méditerranée », la société SUBSEA TECH expose son projet « CAT-SURVEYOR ». C’est un drone de type catamaran pour la surveillance automatique de zones sous-marines sensibles. Il est commercialisé depuis septembre 2014. Ce projet, cofinancé et soutenu au travers du dispositif RAPID par la DGA depuis 2012, se verra décerner le trophée Innovation de cette édition 2014. Cette marque de reconnaissance est une preuve de l’engagement de cette société et que le dispositif RAPID accélère effectivement les projets innovants. Cette efficacité m’a incité, dans le cadre du pacte « Défense PME », à porter la dotation du dispositif de 40 M€ en 2013 à 45 M€ en 2014, et 50 M€ en 2015.

En appui plus direct aux programmes d’armement, les études amont « classiques » menées par la DGA représenteront en moyenne 730 M€ sur la LPM 2014 – 2019. Sur cette période, les principaux domaines d’efforts dans le domaine naval seront : la lutte sous-marine ; les systèmes de combat naval modulaires opérant en réseaux ; ainsi que les architectures innovantes des bâtiments de surface.

Je voudrais vous donner quelques illustrations de résultats auxquels nous sommes arrivés en 2014 dans le domaine naval grâce aux études amont. Nous avons testé un radar HF à ondes de surfaces ; nous avons dimensionné la gestion dynamique d’un radar à panneaux fixes, destiné aux futurs programmes de bâtiment ; nous avons encore démontré la faisabilité d’échanges d’informations en temps réel entre le futur système de combat des navires et le système de contrôle et de commandes des opérations aériennes.

Par ailleurs, les études amont de cette année permis de lancer les travaux préparatoires à la décision de lancement du programme de frégates de taille intermédiaire (FTI).

Au plan international, nous sommes également à l’action dans le domaine naval.

J’ai présenté aux Universités d’été de la défense, en septembre dernier, le bilan des exportations de défense de la France pour 2013. Ces chiffres sont en forte hausse, puisque le montant total confirmé des prises de commandes s’élève à 6,87 Md€ pour 2013, ce qui correspond à un bond de près de 43% par rapport à 2012. Cela prouve la qualité de notre offre, qui est à la fois complète et de très haut niveau.

De très haut niveau, car la qualité de notre base industrielle et technologique de défense a une fois de plus permis d’être compétitifs, et de remporter des contrats face à une concurrence qui est de plus en plus rude.

Complète, car la France sait proposer aux pays partenaires des offres de bout en bout, avec un engagement de l’État qui peut aller de la négociation jusqu’au suivi de la qualité de la réalisation. La direction internationale de la DGA est responsable de l’accompagnement des offres françaises, et je veux saluer son action, porteuse de nombreuse réussites.

La France est un partenaire fiable, qui sait mobiliser ses ressources pour répondre au besoin de ses partenaires. Vous me permettrez d’insister sur cette dimension, qui est particulièrement importante ici. Les projets navals s’inscrivent en effet dans le temps long. Le programme Sawari en Arabie Saoudite a démarré en 1980. 34 ans plus tard, nous sommes toujours au côté de notre partenaire saoudien pour entretenir et rénover ses bâtiments, pour assurer également avec notre Marine et le groupe Défense Conseil International, la formation des équipages saoudiens. La France et son industrie sont des partenaires qui travaillent ainsi dans la durée.

Je voudrais évidemment m’adresser aux délégations étrangères qui sont présentes avec nous aujourd’hui. Je tiens à saluer tout particulièrement les représentants qatariens, qui nous font l’honneur de leur présence. Je crois que nous pouvons en recueillir des bénéfices mutuels.

Avec le Brésil, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Egypte, la Turquie, le Ghana et l’Italie, notre partenariat se traduit par des accords très concrets de coopération, dans le domaine des sous-marins par exemple.

En Europe bien-sûr, le travail de fond mené avec nos partenaires britanniques pour rationaliser notre industrie missilière, afin de la rendre toujours plus compétitive et plus performante, se poursuit à un rythme soutenu. La signature du contrat franco-britannique « antinavire léger » (ANL) cette année est le premier résultat concret de ces efforts.

La politique active de soutien aux exportations et aux coopérations de défense, pilotée par la DGA, est donc porteuse de résultats tangibles. C’est une dynamique qui va se poursuivre. Elle nous permet d’être à l’écoute de nos partenaires et clients, et donc de bâtir avec eux des relations stratégiques dans la durée.

Mon engagement, c’est de faciliter l’accès des industries aux marchés d’export. C’est l’une des priorités du pacte « Défense PME », avec l’organisation d’évènements, l’aide à la participation aux salons d’armement, la démonstration par les forces armées des performances de nos matériels, voire un soutien financier à l’industrialisation des matériels dotés d’un potentiel à l’export.

Tout notre réseau diplomatique est également fortement mobilisé, pour améliorer encore offre de la France en nous offrant de mieux comprendre les attentes de nos partenaires. C’est là tout le rôle de nos attachés de défense et de nos attachés d’armement, qui interviennent autant, par l’ambassadeur, auprès des décideurs des pays où ils sont affectés, pour leur faire connaître les capacités technologiques, qu’auprès des industriels français pour les accompagner dans leur démarche.

Cette action que j’ai l’honneur de mener, dans le domaine naval, s’inscrit bien évidemment dans un contexte géostratégique dont chacun mesure ici la gravité.

Si le développement de notre industrie navale constitue un avantage économique qui est décisif pour la France, notre pays est confronté à des menaces qui sont notamment exercées depuis les espaces maritimes externes. Ce sont ces menaces qui justifient en premier lieu la poursuite de nos investissements dans une Marine qui soit au meilleur niveau.

Parmi les menaces relevant du domaine maritime, celles qui se développent dans le Golfe de Guinée font partie des plus préoccupantes pour la sécurité et la stabilité internationales. En 2013, cette région maritime avait connu 154 attaques de navire, selon les chiffres fournis par les organisations d’armateurs. Il s’agit là d’un triste record historique. C’est aussi tout un symbole : le golfe de Guinée est le noeud de trafics qui déstabilisent l’Afrique de l’Ouest et l’Europe. Etres humains, stupéfiants, armes, produits contrefaits, la liste parait sans fin des trafics qui se déroulent dans cette région du monde où nos armées interviennent pour la sécurité collective. Les actes de pirateries incessants déstabilisent les flux économiques légaux, qui passent par cette région en pleine expansion.

La sécurité du Golfe de Guinée est un enjeu stratégique pour la France. C’est pourquoi notre pays s’attache à renforcer les coopérations opérationnelles avec les partenaires régionaux qui sont victimes de ces actions déstabilisantes. La France s’y emploie, d’abord dans le cadre de l’opération CORYMBE, qui comprend le déploiement permanent d’un bâtiment de la Marine nationale. Mais il s’agit également de renforcer au niveau régional les actions de coordination et l’échange de renseignement. En février, j’ai visité à Pointe noire le Centre de coordination régional pour la sécurité maritime en Afrique centrale, le CRESMAC, initiative de la Communauté Économique des États de l' Afrique Centrale, que la France soutient. Nous continuerons ainsi à promouvoir toutes les initiatives locales, nationales et européennes qui permettent de combattre le développement de phénomènes déstabilisateurs pour la région et pour l’Europe. Les succès qu’ont déjà rencontrés nos efforts justifient pleinement de continuer à s’investir dans la lutte contre la piraterie et les trafics dans le Golfe de Guinée et en Afrique de l’ouest.

Vous constatez donc à quel point ce salon fait le lien entre des problématiques bien sûr industrielles et technologiques, mais aussi sécuritaires et géopolitiques, je vous remercie à nouveau, Monsieur le Président, d’avoir permis la rencontre entre ces différentes sphères.

Avant d’aller visiter les stands, je vais remettre plusieurs prix à des PME particulièrement innovantes.

 

TROPHEES INNOVATION pour navire du futur décerné à IXBLUE

 

M. le Président Directeur Général, M. Philippe DEBAILLON VESQUE, c’est avec un réel plaisir que je m’adresse à vous pour ce prix de l’innovation pour le navire du futur, que votre société IXBLUE reçoit aujourd’hui à l’occasion de ces trophées Euronaval 2014.

La préparation du navire du futur est en effet un enjeu majeur pour l’avenir de notre défense et de notre industrie. Avec ce prix vous démontrez que la France est capable d’innover et de réussir en concevant et développant des produits réellement nouveaux et de rupture.

Ainsi de votre produit Marins M7 que ce prix vient récompenser aujourd’hui. Ce système, une centrale inertielle de nouvelle génération si j’ai bien compris, permettra à nos navires futurs de naviguer avec une précision accrue, moins de 1 mile de dérive en 72h.

Par ailleurs je note que l’ensemble du système est fabriqué en France, dans votre usine de Lannion, ce qui démontre une nouvelle fois que l’excellence technologique est forte et bien présente sur notre territoire.

Cher Président, je vous félicite pour ce prix qui récompense la mise au point d’un système réellement innovant et qui je l’espère contribuera à porter encore la croissance de votre entreprise.

 

TROPHEES EXPORT décerné à Automatic Sea Vision (ASV)

 

M. le Président (M. Philippe WAQUET (PDG)), ce prix de l’export, que votre société Automatic Sea Vision reçoit aujourd’hui à l’occasion de ces trophées Euronaval 2014, semble aller de soi.

· Les chiffres qui m’ont été communiqués sont extrêmement révélateurs : votre société réalise aujourd’hui 50 % de son chiffre d’affaires à l’export, qui aura été multiplié par 6 en quatre ans.

· Vous êtes le symbole d’un patron de TPE française qui a su passer les difficultés de la taille (notamment la visibilité) pour arriver à vendre vos systèmes de surveillance à de nombreux clients étrangers, en particulier en Europe et dans la zone Asie-Pacifique.

· Je sais aussi que vos produits sont vendus essentiellement dans le domaine naval. Cela valorise directement l’indéniable plusvalue des salons comme celui-ci ainsi que l’action déterminante des services de l’état qui vous accompagnent à l’export.

· Cher Président, je vous félicite pour ce prix et vous souhaite de continuer à démontrer l’exemplarité de votre société en termes de développement et d’export.

 

TROPHEES Innovation pour la sécurité maritime décerné à SUBSEA TECH

 

· M. le Président (M. Yves CHARDARD (Gérant)), c’est avec beaucoup de plaisir que je m’adresse ,à vous pour vous remettre ce prix de l’Innovation au profit de la,sécurité maritime. Votre société, SUBSEA TECH, le reçoit aujourd’hui à l’occasion de ces trophées Euronaval 2014.

· Ce prix récompense une innovation dans un domaine d’actualité : les drones maritimes. Le vôtre est original puisque c’est un drone qui emporte avec lui un mini-drone pour aller au plus près de zones à observer.

· Votre système doit permettre la surveillance maritime et sousmarine d'infrastructures sensibles telles que ports militaires et commerciaux, zones de mouillage, terminaux pétroliers, centrales nucléaires, etc. qui est devenue une priorité dans le cadre de la lutte contre les menaces asymétriques.

· La principale innovation est la mise en oeuvre d'un mini drone à partir d'un drone de surface de petite taille, ce qui implique un défi technologique que vous avez relevé concernant le système de mise à l'eau et du treuil associé.

· Je vous félicite pour ce prix et vous souhaite de poursuivre avec autant de succès le développement et la vente de ce système. On m’a dit que c’était en bonne voie dès cette année. J’espère que ce prix et ce salon vous aideront aussi pour cela

 
Tout le monde (grand public)

 

Au moment où les deux pays veulent fusionner Nexter et Krauss-Maffei, Berlin bloque des exportations françaises du fait de la présence de composants allemands
 

(Article précédemment paru dans L'Opinion les 22/23 octobre) et sur le blog de JM Merchet

A Paris, l'agacement est palpable. «On va monter dans les aigus» confie une source gouvernementale. Sont directement visés les “camarades” d'Outre-Rhin – les sociaux-démocrates du SPD au pouvoir à Berlin au sein de la Grande coalition avec la CDU d'Angela Merkel. Leur attitude très réservée à l'égard des exportations d'armes pose un sérieux problème aux milieux français de la Défense, que ce soit sur des contrats en cours ou des projets communs. «La position purement politique de Sigmar Gabriel (vice-chancelier et ministre de l'Economie) et de Frank-Walter Steinmeier (ministre des Affaires étrangères) est rétrograde» juge-t-on dans l'entourage du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian. Paradoxe : dans le «débat violent» à l'intérieur du gouvernement allemand sur les ventes d'armes, les socialistes français soutiennent la droite contre la gauche...

Trois contrats d'armements français sont suspendus à une décision favorable des autorités politiques de Berlin, parce que les matériels en question incorporent des composants allemands. Il s'agit de la vente de missile antichars Milan-ER par MBDA à un pays du Golfe, de Véhicules de l'avant blindé VAB par Renault Trucks Defense à un pays du Moyen-Orient et d'hélicoptères Fennec et Puma par Airbus Helicopters à l'Ouzbékistan. A chaque fois, le gouvernement allemand entend vérifier, comme la législation nationale le lui impose, que ces contrats s'inscrivent dans un cadre politique favorable à la paix et respectent les droits de l'homme. «Il va falloir qu'on passe au German free» (pas de composants allemands), soupire-t-on dans les milieux industriels français.

En principe, un accord signé en 1972 par les ministres de la Défense Michel Debré et Helmut Schmidt interdit à l'un des deux pays de mettre son veto sur des contrats de son voisin, sauf «exceptionnellement», dit le texte. Or, ce n'est pas la première fois que la France se heurte à des blocages allemands : il a fallu de longs mois de discussions pour que Nexter obtienne l'autorisation, en 2012 et 2013, de vendre des véhicules blindés légers Aravis à l'Arabie saoudite, car son châssis est produit par Daimler. A l'époque, le gouvernement allemand était tout entier de droite, mais l'Aravis est le concurrent du Dingo allemand...

En Allemagne, le secteur de l'armement relève à la fois du ministère de la Défense et de celui de l'Economie. Le premier est confié à Ursula von der Leyen (CDU) favorable à une implication plus forte de l'Allemagne dans la sécurité internationale alors que l'Economie relève de Sigmar Gabriel (SPD). C'est de ce dernier, principalement, que viennent les difficultés actuelles.

Pour l'heure allié de Merkel, le vice-chancelier n'a pas renoncé à devenir chancelier après les élections de 2017, à la tête d'une majorité de gauche. Il ménage ses potentiels alliés, l'aile gauche de son parti ainsi que les Grünen (écologistes) et Die Linke (gauche post-communiste). Cette gauche allemande est profondément marquée par une culture pacifiste, voire antimilitariste que l'on ne trouve guère en France. Plus que tout, les ventes d'armes sont, pour beaucoup, considérées comme un mal absolu.

Cela n'empêche pas l'Allemagne d'être le troisième exportateur mondial d'armements, selon le dernier rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockkolm (Sipri). Avec 10% du marché mondial, l'Allemagne fait mieux que la France, mais elle vend d'abord à des pays démocratiques, avec plus de la moitié de ses contrats (54%) en Europe et dans les Amériques. L'Allemagne exporte d'abord des blindés et des sous-marins. Ainsi, elle a trouvé douze clients européens pour son char lourd Leopard 2, quand le Leclerc français ne s'est exporté (à perte) qu'aux seuls Emirats arabes unis.

Ces difficultés franco-allemandes interviennent alors qu'un processus de rapprochement de deux industriels du matériel terrestre, le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei-Wegmann (KMW) a été lancé le 1er juillet. D'ici avril 2015, les deux entreprises de taille comparable devraient former une société unique, même si les marques seront maintenues. Leurs marchés sont, pour l'essentiel, à l'exportation, d'où l'inquiétude de leurs dirigeants – et des pouvoirs publics français – quant à «la situation politique au sein de la coalition allemande». Plus Nexter et KMG seront intégrés, plus les produits made in France comprendront des composants allemands et ne pourront s'exporter qu'avec le feu vert de Berlin. Pour contourner l'obstacle, les deux industriels espèrent pouvoir mettre en œuvre une «licence globale de projet» destinée aux «entreprises transnationales», prévu par un accord de 2000 entre six pays européens, mais jamais appliqué. Reste à convaincre le vice-chancelier Sigmar Gabriel, qui semblait préférer un rapprochement entre les deux grandes entreprises allemandes du secteur (KMG et Rheinmetall) plutôt que le projet franco-allemand.

[ Modifié: mardi 28 octobre 2014, 11:25 ]
 
Tout le monde (grand public)

Fiche de lecture extraite du blog egeablog (COL KEMPF)

Quand j'ai reçu ce petit ouvrage (150 pages, 9 €), je l'ai regardé bizarrement. Comment pouvait-on encore s'intéresser à la défense européenne, cet astre mort, signe le plus évident de la déflation stratégique européenne ? Et puis je me suis dit que déjà, ne pas utiliser l'insupportable expression d' "Europe de la défense" était un gage de bonne volonté. Du coup, j'ai commencé à regarder... et finalement je l'ai lu, car il vaut le détour.

On connaît l'auteur : Nicole Gnesotto s'est spécialisée de puis des année sur la question, elle a dirigé l'institut d'études de Sécurité de l'UE (à l'époque, on publiait encore des textes en français, désormais tout est en anglais...), elle est une spécialiste incontournable. Disons le mot : une pro-européenne convaincue et intelligente.

Mais du coup, une sorte de circonspection est en éveil : ne va-t-on pas se voir infliger un de ces plaidoyers insipides et sans intérêt ? un déluge de bonnes paroles et de yaka fokon, et "ah ce serait tellement mieux si.. ". Or, on sent que ce stade là est dépassé, que les illusions ont été perdues et qu'on commence à avoir un discours un peu plus réaliste, ce que suggère d'ailleurs le titre. D'évidence en effet, les espoirs d'hier n'ont pas été concrétisés et il faut dresser le bilan.

L'opuscule est divisé en trois parties : la première traite justement de ce "bilan mi-figue mi-raisin". Pas de triomphalisme mais quand même quelques satisfactions : il ne faut pas oublier qu'au large de la Corne l'UE est globalement plus efficace que l'OTAN, et qu'elle est venue, certes en trainant des pieds, au Mali comme au Tchad. Mais il est vrai que les Français n'ont pas été des plus délicats sur ces coups là... Il reste que ces derniers temps, ce sont plutôt des missions civiles que dirige l'UE, plus à son aise en la matière.

La deuxième partie ("Une politique marquée par l'ambiguïté et les divisions") est très bien traitée : on comprend pourquoi ça ne marche pas (et aussi, mais j'anticipe, pourquoi ça ne marchera pas). Si je connaissais bien les rapports compliqués des Etats, j'ai apprécié la description des luttes entre les institutions sur cette question.

La troisième partie se veut un peu plus optimiste ("Relancer l'Europe stratégique, maintenant ou jamais"). Oh ! rien de très ambitieux, une sorte de résignation fataliste, la signalisation de quelques pistes qui pourraient, malgré tout, être utilisées.  Mais vouloir "relancer", c'est déjà courir à l'échec et utiliser les vieilles ficelles qui n'ont jamais vraiment marché, sauf en cas de volonté politique. Or, aujourd'hui, tous les acteurs sont faibles. C'est justement cette faiblesse dont tire argument N. Gnesotto pour dire qu'il faut en profiter... C'est peut-être le langage de la raison, je crains qu'il ne s'agisse que d'une raison pure, non d'une raison pratique.

Il reste un petit livre intelligent, qui rappelle ou apprend plein de choses, ne s'illusionne pas et dresse des états des lieux réalistes qui ne vont d'ailleurs pas tous contre l'Europe, qui réussit des choses. Disons qu'elle n'est pas une puissance classique et westphalienne. Or, ce modèle habite l'inconscient de tous les pro-européens (surtout les Français) qui imaginent un multiplicateur de puissance. Cela, l'Europe ne le sera pas, du moins pas en matière de défense, me semble-t-il. En revanche, elle semble idoine pour les affaires de "sécurité" qui lient affaires de défense et affaires civiles (police, douane, développement économique, RSS, ...) : en ces matières, l'UE a des atouts et les joue d'ailleurs sans trop faillir. La défense pure n'est qu'une corde marginale à son arc ...

Vous l'avez compris : un petit livre qui mérite de faire le point sans être caricatural.

Faut-il enterrer la défense européenne ?

  • N. Gnesotto
  • La Documentation française, 9 €

O. Kempf

 

 
Tout le monde (grand public)

06/10/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

Le budget de la Défense est enfin "prioritaire" pour Bercy

 

Pour une fois, le secrétariat d'Etat au Budget souffle le chaud... Non seulement le budget Défense fait partie des "priorités", mais le surcoût des opérations extérieures (Opex) devrait faire l’objet d'un financement interministériel.

 

C'est nouveau et cela vient de sortir. C'est même une bonne nouvelle pour le ministère de la Défense. Son budget fait maintenant partie des priorités du gouvernement, selon le secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert. "Il faut que les engagements du Pacte de solidarité - 41 milliards d'allégements pour les entreprises, 5 milliards pour les ménages - soient intégralement tenus, et que soient maintenues les priorités : défense, éducation, sécurité, justice, transition énergétique", a-t-il expliqué à l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2014 à 2019 et le projet de loi de finances pour 2015.

Un peu de baume au cœur pour les militaires malmenés depuis plusieurs années par les gouvernements de droite comme de gauche. A suivre - pour autant, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent...

 

Un financement interministériel du surcoût des opérations extérieures

Autre bonne nouvelle pour le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le surcoût des opérations extérieures (Opex), qui va atteindre 1,1 milliard d'euros en 2014, devrait faire l'objet d'un financement interministériel. Mais l'Hôtel de Brienne devrait contribuer au paiement de ce surcoût. Lorsque le surcoût des Opex excède la provision initiale inscrite dans le budget du ministère (450 millions d'euros en 2014), la tradition budgétaire veut que l'on bascule sur le système de financement interministériel, financé d'ailleurs à 20 % par le ministère de la Défense.

"Les réserves de précaution ont toujours permis de couvrir leur financement, chaque ministère apportant sa contribution", a expliqué Christian Eckert. Le ministère de la Défense souhaite toutefois récupérer les crédits inscrits dans la réserve de précaution qui s'élèvent à 1,2 milliard d'euros (crédits de paiement hors Anciens combattants), pour s'éviter dès la mi-octobre des tensions de trésorerie pour le paiement des fournisseurs dans le cadre du programme 146 (équipements).

 

Une sous-estimation récurrente des surcoûts des Opex

Le secrétaire d'Etat a regretté que "la sous-estimation des opérations extérieures est un phénomène récurrent, quand bien même leur niveau de dépenses a été régulièrement réévalué ces dernières années, insuffisamment toutefois pour atteindre le niveau des dépenses constatées. Par définition, ni le nombre ni la durée ni le coût des Opex ne sont prévisibles".

A son arrivée au ministère, Jean-Yves Le Drian avait fait baisser la provision inscrite dans le projet de loi de finances initiales au titre des surcoûts des Opex., qui est passée de 630 millions en 2012 et 2013, à 450 millions d'euros en 2014. Une tactique du ministère pour faire participer les autres ministères aux surcoûts des Opex.

 
Avatar Xavier Boute
par Xavier Boute, mercredi 24 septembre 2014, 10:28
Tout le monde (grand public)

Article de FOB

S Chmielewski

« Avec un président italo-polonais à la direction du GICAT, la France est un modèle pour l’Europe de la Défense ». C’est sur ces mots que le nouveau président du GICAT a débuté sa première conférence de presse. Élu en juin dernier (et seul candidat) par les membres du Groupement des industriels français de la défense terrestre, Stefano Chmielewski, PDG de Renault Truck Defense, avait réservé sa première conférence en tant que patron du GICAT à des journalistes de l’AJD (Association des Journalistes de la Défense) ce matin. Sur un marché terrestre évalué à 110 milliards d’euros, les industries du GICAT affichent un chiffre d’affaires compris entre 10 et 14 Milliards, avec une tendance lourde vers la sécurité. Concernant le marché national, Stefano Chmielewski s’estime « confiant » sur une notification rapide du programme français Scorpion, « un accord a été trouvé cet été ». Scorpion, programme d’ensemble, qui doit venir renouveler les capacités de l’armée de terre française (VBMR, EBRC, modernisation des Tigre, Leclerc ou Felin…), représente plus de 5 milliards d’euros sur 15 ans pour remplacer des équipements à bout de souffle. il est également porteur d’enjeux industriels très forts.

Le nouveau président a ensuite affiché le cap pour le syndicat industriel du terrestre : l’export.

 

GICAT, organisateur de salons d’armement

Fort du succès d’Eurosatory qui a enregistré une augmentation du nombre de visiteurs et d’exposants pour son édition 2014, le COGES, bras commercial du groupement, va organiser deux nouvelles manifestations à l’étranger: le « Asia Pacific Homeland Security » qui se tiendra fin octobre à Singapour et traitera de la sécurité civile et des catastrophes naturelles, ainsi que « Expodefensa » à Bogota, en Colombie. Il s’agit ici d’un nouvel axe de développement du GICAT « qu’il faut consolider »: l’organisation de salons internationaux.

 

Efforts pour les PME

Autre axe d’effort pour le syndicat: les PME. Sur les 188 entreprises adhérentes du GICAT, près de 80% sont des ETI ou PME, qui, en période de disette budgétaire nationale, doivent se tourner vers l’export. « Nous allons étendre les services du GICAT pour les PME », avec une aide juridique ou une aide à l’accès de financement pour l’export, en plus de ceux existants (veille sur les appel d’offres…).

 

 

[ Modifié: mercredi 24 septembre 2014, 10:29 ]
 
Tout le monde (grand public)

Article de Usine Nouvelle par Hassan Meddah - Publié le 16 septembre 2014, à 18h20

ANALYSE  Le groupe d'aéronautique dit vouloir se concentrer sur les activités de défense où il peut être leader mondial d'ici à dix ans. Les cessions dans le domaine de l'électronique de défense et des communications sécurisées devraient attiser les convoitises, notamment de la part de Thales.

Le satellite d’étude de l’Environnement Sentinel-1A (programme Copernicus) 
© Airbus Defence & Space

Au moment de la création de la division Defence and Space du groupe Airbus en début d'année, son PDG Tom Enders avait promis une révision du portefeuille d'activités. Les fuites sur les projets en cours ont précipité cette annonce et poussé le groupe à réunir,  ce mardi 16 septembre dans la matinée, un comité européen pour informer représentants du personnel et syndicats.

La ligne de démarcation entre les activités cédées ou non répond à deux critères. Primo, fidèle à son ADN, le groupe se spécialise dans ce qu'il sait faire de mieux : des objets qui volent. Secundo, il entend conserver les activités où il est ou peut devenir numéro un ou numéro deux mondial dans les dix ans à venir.

 

DES CESSIONS POUR DES ÉQUIPEMENTIERS

Le groupe va donc conserver ses activités dans les avions militaires (avion de transport A400M, ravitailleur A330 MMRT...), les drones, le spatial (satellites et lanceurs), sa participation dans le missilier MBDA, ainsi que la cybersécurité de plus en plus nécessaire pour sécuriser les communications passées avec les aéronefs.

Le reste est à vendre ou à apporter à un partenaire pour créer des sociétés communes. La division Defence and Space (14 milliards d'euros de chiffre d'affaires) va ainsi céder des activités qui pèsent environ 2 milliards d'euros de volumes d'affaires (hors Sécurité et Électronique de défense). Il s’agit essentiellement des activités qui ne correspondent plus à son profil de plateformiste, mais plutôt à un profil d'équipementiers dans des domaines pointus comme l'avionique, l'ingénierie système et logicielle, les systèmes de régulation thermique, l'électronique de puissance....Parmi les filiales cédées figurent Fairchild Controls basée dans le Maryland aux USA, Rostock System-Technik située enAllemagne, la société française basée dans le Gard AvDef spécialisée dans l'entraînement des forces de défense aérienne et la maintenance aéronautique, mais aussi ESG et Atlas Elektronik.

"SE RECENTRER, C’EST PRENDRE LE RISQUE DE NE PLUS SAVOIR ENTREPRENDRE"

Les syndicats sont partagés sur cette stratégie. "Nous n'avons pas de positions dogmatiques concernant la sortie des activités. Ce qui compte c'est que cela se fasse en s'assurant de leur pérennité économique et en maintenant l'emploi", explique Bernard Valette, de la CFE-CGC Aéronautique Défense Espace. La CFTC n'est pas convaincue par cette stratégie de recentrage. "Il y a un réel danger ontologique pour une entreprise à se recentrer. Se recentrer, c’est prendre le risque de ne plus savoir entreprendre. C’est perdre la culture du nouveau", exprime le syndicat dans son communiqué de réaction.

Parmi les affaires cédées ou abandonnées, toutes n'ont pas la même dynamique. L'activité de surveillance électronique des frontières traverse des difficultés suite à la mauvaise mise en œuvre de grands contrats. En revanche, on trouve des pépites comme les radiocommunications professionnelles (PMR), soit les réseaux et les terminaux radio sécurisés qui équipent notamment les forces de l'ordre."Pour préparer la prochaine génération et notamment la quatrième génération, il faudrait faire des investissements considérables et la compétition est de plus en plus rude avec de nouveaux entrants", justifie un porte-parole d'Airbus Defence & Space. Ainsi le chinois ZTE, concurrent d'Alcatel sur le secteur des télécommunications, a déjà présenté une gamme de produits PMR de quatrième génération. "Adossée auprès d'un autre industriel, cette activité pourrait avoir un bel avenir. Nous sommes le fournisseur unique des réseaux de gendarmerie et des forces de police en France", explique Jean-Louis Daros, syndicaliste CFE CGC chez Airbus Defence and Space basé à Elancourt en région parisienne où cette activité regroupe environ 400 salariés.

THALÈS PARMI LES ACQUÉREURS POTENTIELS

Ces cessions vont attiser les convoitises. Un acteur se détache clairement pour jouer le partenaire idéal ou le prédateur. "Rien de significatif ne pourra se faire sans Thales", estime un connaisseur du secteur. En effet, le groupe français d'électronique de défense devrait lorgner plusieurs activités de son rival européen. Les radiocommunications sécurisées avant tout. Thales dispose déjà de technologies similaires. En absorbant celles d'Airbus et sa base installée de clients, il pourrait constituer un sérieux rival à Motorola, le n°1 mondial du domaine.

En sortant du comité européen, les syndicats n'excluaient pas non plus une opération majeure dans le secteur des satellites. Une cœntreprise entre Thales Alenia Space et Airbus leur apporterait la place de leader mondial recherchée. Le groupe Airbus espère identifier des acheteurs ou des partenaires d'ici la fin de l'année.

Hassan Meddah

 
Tout le monde (grand public)

Article de la Tribune

Le Délégué général pour l'armemennt n'a pas eu le mandat pour transformer le statut de la DGA en EPIC

Le Délégué général pour l'armemennt n'a pas eu le mandat pour transformer le statut de la DGA en EPIC (Crédits : Reuters)Michel Cabirol  |  17/09/2014, 18:26  -  212  mots

Le Délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon a annoncé aux syndicats que la DGA garderait son statut et ne se transformerait pas en EPIC.

C'est abandonné. Le ministère de la Défense avait envisagé d'inscrire la direction générale de l'armement (DGA) sur la liste des opérateurs habilités à percevoir et dépenser des crédits Programme d'Investissement d'Avenir (PIA). Cette solution a finalement été abandonnée, explique-t-on de sources concordantes à La Tribune. C'est ce qu'a annoncé ce mercredi le Délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon aux organisations syndicales lors d'une rencontre.

En outre, Laurent-Collet-Billon a rappelé aux syndicats qu'il n'avait pas été mandaté pour changer le statut de la DGA, qui aurait pu devenir selon certaines pistes explorées un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), comme l'avait dévoilé Les Echos. Le débat est donc terminé.

Un projet pour compenser les recettes exceptionnelles en 2015

Le projet d'inscrire la DGA sur la liste des opérateurs habilités à percevoir et dépenser des crédits PIA aurait pu permettre au ministère de la Défense de trouver une solution pour pallier l'absence de 2,1 milliards d'euros de recettes exceptionnelles en 2015 provenant de la vente des fréquences. Raté. Les industriels et les militaires devront donc se raccrocher à la promesse de François Hollande de maintenir le budget de la défense à 31,4 milliards en 2015... A suivre.

 

 
Page: 1 2 3 ()